Interview #2 : Guillaume Lenoir

Guillaume Lenoir a commencé à écrire assez jeune. Il a grandi dans une maison où il y a toujours eu beaucoup de livres, ce qui lui a permis de développer son imagination. Après ses études, il a commencé à travailler comme conseiller en insertion professionnelle. En parallèle, la passion des livres et de l’écriture ne l’a pas lâché. En 2017, il sort deux livres : un roman historique avec La Marquise aux poisons, puis, un roman fantastique avec Hartland – Les Portes de l’Enfer, sortie prévue cet été.

  • Vous avez écrit un récit historique, parlez-nous un peu de votre passion pour l’Histoire.

J’ai toujours été curieux des choses. J’aime l’idée de pouvoir découvrir l’Histoire : le mode de vie de nos ancêtres, l’histoire des mythes et légendes, l’histoire maritime, les figures controversées de l’Histoire. C’est donc tout naturellement que je me suis orienté vers des études d’Histoire, jusqu’à l’obtention d’un Master en 2007.

  • Pourquoi avoir décidé de parler de la Marquise de Brinvilliers ?

Tout est parti d’une image de cette femme. L’unique représentation qu’il nous reste d’elle, alors que Le Brun la représente menée à l’échafaud. Ce dessin retransmet la peur, mais aussi une forme de tristesse. En creusant le sujet, j’en ai appris plus sur la terrible vie de la marquise, son enfance malheureuse, son mariage raté, et sa relation complexe avec le chevalier de Sainte-Croix. Lorsque j’ai lu l’extrait d’une lettre de la marquise, envoyée à son amant et où elle menace de se suicider, j’ai vu encore un témoignage de ce désespoir. Mais aussi le fait que cette femme avait une certaine éducation. Au XVIIe siècle, rares étaient les femmes, même au sein de la noblesse, qui étaient capables de lire et écrire. Beaucoup d’historiens nous l’ont présenté comme un monstre, symbole de perversité et de cruauté. Depuis quelques années, des historiens -principalement des historiennes – tendent à nuancer cette image négative. Pour moi, il fallait voir l’être humain, avant la criminelle implacable. Alors je me suis lancé.

  • Comment avez-vous ressenti l’écriture de ce récit ? Comment avez-vous mené vos recherches ?

J’ai réfléchi à la manière d’aborder le récit, ce personnage complexe. Je ne souhaitais pas forcément faire une biographie de la Marquise depuis sa naissance. Je me suis centré sur sa relation avec le chevalier de Sainte-Croix. Une romance sombre, faite de domination morale, d’attirance et de rejets. Ce qui a été très prenant à écrire, ont été les dernières années de la vie de Marie-Madeleine de Brinvilliers, son chemin vers le repentir. Une sorte de rétrospective des atrocités et des drames de sa vie passée. Toujours, j’ai essayé de la garder humaine. Elle réfléchit à la portée de ses actes, consciente de certaines choses ; qu’elle n’est pas une bonne mère par exemple, alors que paradoxalement, elle rêve pour ses enfants d’un avenir grandiose. Elle éprouve du remord, aussi, pour les crimes qu’on lui reproche. Enfin, elle aime aussi : Sainte-Croix, Jean Briancourt.

Au niveau de mes recherches, je me suis appuyé au départ sur les sources d’époque : compte-rendus de procès, les factums (récit de l’une des parties, destiné au juge, et exposant les faits d’un procès), lettres de la Marquise de Sévigné. Aujourd’hui, beaucoup d’archives sont numérisées et accessibles en ligne, ce qui est un gain de temps non négligeable. J’ai par ailleurs lu quelques ouvrages historiques, ce qui m’a permit ensuite de confronter les points de vue de plusieurs historiens sur la marquise de Brinvilliers et sur les événements repris dans le roman.

  • Vous êtes également l’auteur d’un autre ouvrage qui sortira dans la collection Imaginaire de Évidence éditions, parlez-nous un peu de ce texte.

Hartland – Les Portes de l’Enfer, sort cet été, toujours chez Évidence Editions, et je change de registre. En dehors de l’Histoire, j’aime aussi le Fantastique, qui me permet de libérer pleinement mon imagination. C’est un genre également où il est possible de mettre en avant des personnages très complexes et ambigus.

Ce roman se déroule au début des années 1980 dans une petite ville du Dakota du Nord appelée Hartland. Un nouveau révérend arrive prendre ses fonctions. C’est alors que des événements étranges se produisent. Linnea, une jeune femme revenue vivre à Hartland suite à un drame familial, va remonter à la source de ces phénomènes, en menant l’enquête avec Nathan Evans, journaliste d’une revue à sensation. Ils vont découvrir le sombre passé de la ville, mais aussi celui de ses habitants.

  • Récit historique et imaginaire ont l’air d’être vos sujets de prédilections, vous verriez vous écrire dans un autre genre ?

Je ne me vois pas écrire dans d’autres genres. Peut-être le policier, mais il faudrait vraiment que cela parte d’une idée percutante. Il faut savoir que le roman historique permet d’aborder tous les genres, ou presque : la romance, le drame, et parfois même le fantastique. La Marquise aux poisons est aussi un drame, le récit d’une passion destructrice, en plus d’être un roman historique.

  • En bon écrivant, vous devez sûrement lire des romans. Quels sont vos ouvrages préférés ? Vos auteurs ? Vous inspirez vous de certains auteurs pour vos histoires ?

Curieusement, je lis très peu de fictions. J’ai lu de grands classiques (Zola, Maupassant, Flaubert) et quelques auteurs contemporains (Stephen King, Clive Barker par exemple). Je n’ai pas d’auteur favori. Tout ce qui est roman ne m’attire pas au premier abord.

En revanche, je lis énormément d’ouvrages historiques, sociologiques ou anthropologiques, des essais, des récits. Un ouvrage que je trouve fabuleux par exemple, est celui de Martin Monestier, consacré aux « monstres » à travers l’Histoire (Les Monstres, histoire encyclopédique des phénomènes humains) et qui reprend les parcours de plusieurs phénomènes de foire, en s’attachant à montrer leur caractère profondément humain, au-delà de leur aspect monstrueux.

  • Avez-vous un lieu de prédilection pour écrire ? Un moment également ?

J’écris souvent le soir. Principalement dans mon bureau, avec ma bibliothèque à proximité, et avec une tasse de café ou de thé. Mes animaux (mon chien et mes deux chats) rodent souvent non loin, se demandant sûrement ce que j’écris. Il m’arrive d’écrire dans mon lit, cela dépend (surtout pour les relectures de texte). De manière occasionnelle, le midi au travail, pendant ma pause.

  • Si vous pouviez réaliser une collaboration avec un autre auteur (connu ou pas) lequel serait-ce ? Pourquoi ?

J’aurai du mal à écrire avec un autre auteur. L’écriture est un procédé trop personnel pour moi. On écrit pour soi, au départ, avant finalement, d’écrire pour de potentiels lecteurs.

Je souhaiterai remercier ma famille et mes amis les plus proches pour leur soutien. Des remerciements aussi aux deux directrices de collection qui m’ont accompagné pour La Marquise aux poisons : Poppy DC, qui m’a découvert et aidé à franchir le pas de l’édition, et Amélia Varin pour son appui, mais également Lydie Wallon, la directrice de la collection Imaginaire, pour son investissement. Enfin, merci également à Évidence Editions pour leur disponibilité. 
Merci aux auteurs que je rencontre, pour des échanges toujours enrichissants.
Merci à mes lecteurs aussi. N’hésitez pas à venir échanger sur la page Facebook consacrée à La Marquise aux poisons, qui reprend des anecdotes sur l’époque de Marie-Madeleine de Brinvilliers.


Paru chez Évidence éditions :

Résumé : Le parcours de l’une des criminelles les plus célèbres de l’Histoire. Dévorée par son amour pour le chevalier de Sainte-Croix, Marie-Madeleine d’Aubray, marquise de Brinvilliers, mène un train de vie dispendieux. Prête à tout pour satisfaire les goûts de luxe de son amant, et manipulée par un homme sans scrupules, elle sera emportée dans un engrenage meurtrier, marquant d’un voile noir le règne du Roi Soleil.

Disponible en papier et numérique (respectivement 16 € et 5.99 €)