Trois questions à un auteur : Isabelle Flückiger Jachym

Isabelle Flückiger Jachym est une nouvelle auteur, amoureuse de la poésie et de ce que la nature a à nous offrir. Elle aime à penser que ses textes sensibilisent les hommes à des notions plus qu’abstraites, comme la Justice. Elle sort son premier roman : Les secrets de la petite boîte en fer, un texte empreint de nostalgie, un voyage dans les souvenirs d’une femme marquée par la vie…

• Vous êtes aide-soignante, parlez-nous de votre travail. Que vous apporte-t-il sur le plan humain ?

C’est un métier que j’appellerais « ingrat », mal reconnu, peu considéré , peu rémunéré malgré un diplôme d’état . C’est un métier fatiguant, aussi bien physiquement que psychiquement vu que nous côtoyons la maladie, la vieillesse, le handicap, les familles des patients dans le doute, l’espoir, le désespoir… Nous côtoyons la mort aussi… quotidiennement. C’est un métier qui est enrichissant si on enlève tout ce que j’ai dit plus haut, et magnifique car on aide l’autre, à notre façon, à remonter la pente, à sourire, à revivre ou on accompagne ceux qui doivent partir de notre mieux, par notre présence, nos mots. Pour quelqu’un qui aime aider son prochain, il est évident que ce métier est fait pour lui. En ce qui me concerne personnellement, je me suis retrouvée dans cette branche presque par hasard. après une année de chômage et six mois au RMI (RSA aujourd’hui) j’ai postulé comme agent de soins dans une maison de retraite pour un CAE (contrat aidé de 18 mois max). Il m’a fallu un bon mois pour m’adapter à la vieillesse, la détresse des résidents. Je me suis habituée petit à petit, j’ai appris à les connaitre, à les aimer d’une certaine manière aussi, même beaucoup. Il faut éviter de mélanger sentiment et travail mais c’est très difficile au début. On veut faire le maximum quand on est foncièrement humain. Puis j’ai passé mon diplôme d’aide soignante et j’exerce dans le même Ehpad depuis presque huit ans.

• Les secrets de la petite boîte en fer est un récit avec une Histoire, pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est mon premier roman, jamais publié. J’ai écrit la première partie en 2011, je voulais en faire deux tomes. Je l’avais proposé à plusieurs maisons d’édition qui m’ont répondu par la négative et aussi proposé au concours femme actuelle 2013, où il avait obtenu un honorable 7.85 sur 10, sans corrections professionnelles.
Auteur de textes courts, j’écrivais plutôt des poèmes et un jour, j’ai décidé de me lancer dans un roman. Alors, il m’est tout naturellement venue à l’idée d’écrire sur un sujet que je maîtrisais, je voulais rester dans ma zone de confort. J’ai demandé à mes collègues de m’aider. Dès que j’écrivais une dizaine de pages, je les leur proposais pour voir ce qu’elles en pensaient. Avec certaines de mes collègues encore dans le même établissement que moi, nous nous revoyons avec les classeurs dans les couloirs. Elles étaient impatientes d’en savoir plus, que je continue. J’ai fait lire des personnes qui ne lisaient pas forcément et, elles étaient insatiables, en voulaient toujours plus, se passant les classeurs les unes après les autres, j’ai écrit cette première partie en un mois.
Sinon à la base, j’avais écrit un texte à deux mains « la vieille dame et la soignante » avec une autre aide soignante rencontrée sur un site de poésie. J’ai repris le prologue, remanié un peu les premiers moments entre les deux personnages. Tout le reste vient de mon imagination. Mes personnages auraient pu être réels mais ils ne le sont pas. On va dire que le personnage de Claire, c’est un peu moi. J’avais surtout envie de témoigner sur nos métiers, les métiers du soin, mettre en lumière des personnes issue de la société, de la masse populaire, la simplicité. J’aime l’authentique les vrais sentiments et mêler tout cela avec de belles histoires d’amour et des faits historiques étaient la meilleure façon de les mettre en avant.

• Au vu de votre expérience, écrire vous est venu naturellement ou vous y –a-t-on poussé ?

Je crois que j’ai toujours aimé raconter des histoires, déjà petite pour endormir mes frères, je leur inventais des histoires le soir. J’ai écrit mon premier poème en cinquième. J’avais été félicité par le prof, cela m’avait encouragé. J’écrivais surtout des poèmes d’amour un peu trop fleur bleue. J’ai du écrire une bonne cinquantaine de « journaux intimes » parsemés de belles phrases romantiques, et des poèmes sur mes amours adolescentes , j’ai quasiment tout jeté.
J’entends encore ma mère me dire « arrête d’écrire … pense à tes études », etc…
Je me suis arrêtée d’écrire peu après mon premier mariage pensant que cela n’intéressait personne et que c’était « banal » et j’avais sûrement pas grand chose à dire à cette époque aussi. Il m’a fallu attendre une bonne quinzaine d’année pour m’y remettre un peu et l’amour est revenu frapper à ma porte, les mots sont revenus au galop. Il parait que mes mots savent séduire les hommes (sourire). En 2008, j’ai osé proposer mes poèmes sur un site de poésie et ils ont plu, j’ai gagné quelques concours amateurs et le fait de travailler en maison de retraite m’a incité à écrire aussi d’un autre coté, sur des sujets plus graves, plus actuels… J’avais de nouveau tellement de choses à dire. Tant que j’aurai des choses à dire, je les dirai, j’écris sur tout, je suis une messagère de paix en quelques sortes, j’aime la nature, les animaux et les protège. Je suis une « modeste » porte-parole de ceux qui sont comme j’aime le dire « les héros anonymes de tous les jours ».
J’aime faire du bien, faire sourire, pleurer, faire dresser les poils de ceux qui me lisent… Une larme, un sourire, des frissons après la lecture de mes mots sont ma plus belle récompense…