Muriel Bell

Auteur de Été 44 – sous la caresse du mistral

Mon histoire, celle de ma famille, j’ai commencé à l’écrire en 1985, suite à un grave accident de la route, dont mon fils a été victime pendant son service militaire. À cette période, j’étais aide soignante à l’hôpital d’Alençon (Orne). Ayant beaucoup de mal à m’en remettre, ne dormant plus, pleurant souvent, j’ai trouvé l’écriture comme thérapie. Au début je ne savais pas trop comment m’y prendre. J’avais tellement de chose en moi de douloureux, qu’il m’était difficile de faire un choix. Au final, les drames vécus dans ma famille sont remontés à la surface. Ils m’ont projeté plusieurs années en arrière. Le drame qui a brisé à tout jamais notre famille. Il m’a fallu longtemps, avant de mettre tous ces événements bout à bout. Je pense avoir réussi. Cette première partie, je l’évoque avec beaucoup de pudeur, mais aussi de tristesse, car elle a balayé tous les projets d’un autre avenir.

Dans la famille, nous étions quatre enfants. Ma sœur aînée Josette, mon frère René, ma sœur Monique, et moi la petite dernière. Je suis née en période de guerre, et les événements ont poursuivis leur chemin jusque dans le sud. Ce qui a obligé mon père à quitter son commence, pour rejoindre la résistance. Ma mère, seule avec nous quatre, n’a pas pu gérer seule le commerce. Un événement grave survenu dans notre maison (mitraillage de notre fenêtre par les Allemands), lui a fait prendre la décision d’une exode, vers, comme elle le mentionnait, plus de tranquillité. Cette tranquillité, n’aura duré quelques mois. Les Allemands, après être passés dans le village de la Creuse, où nous avions trouvés refuge, ont laissés derrière eux toutes sortes d’armes.

Quelques jours plus tard, le 22 juillet 1944, un terrible orage prive le village d’électricité. Ma mère et ma sœur aînée, étaient parties avant cette coupure. pour faire le tour des fermes, en quête de nourriture et de lait. René, resté pour nous garder, cherche un moyen de nous donner un peu de lumière. Mais la lampe à pétrole est vide. Peu de temps avant, il avait ramassé, dans la cour de l’école, ce qui ressemblait à des bougies. Il en prit une, essaya de l’allumer, et là, c’est le drame. Nous sommes tous les trois blessés. C’est alors que commence le parcours du combattant, pour nous conduire à l’hôpital, qui se trouve à cinquante kilomètres. Mon frère et ma sœur, sont gravement blessés, moi moins. Plusieurs mois passent, après les soins reçus, la guerre finie, nous retrouvons notre maison du Var.

Une autre vie commence…

Ma sœur, mon frère, ont du mal à vivre leur handicap, il leur faut beaucoup de courage. Pendant ce temps, je grandis, découvrant l’ampleur de ce drame, sans bien comprendre. Je pose souvent des questions, mais à l’époque, c’était un sujet tabou. Personne pour m’expliquer ce qui nous étaient arrivés. Ma curiosité grandissait de jour en jour. Ce n’est que vers l’âge de huit ans, que ma mère a fini par me raconter. Entre ma sœur et moi, il y avait une très grande complicité, mais hélas, elle était souvent absente. Je grandissais seule, un peu sauvage, solitaire, mes parents étant trop pris par mon frère et ma sœur, et je n’avais pas le droit de me plaindre. Puis, la vie a suivi son cours. Je suis devenue une jeune fille, essayant de mettre mes tourments sur cette blessure trop visible, qui gâchait ma jeune vie. J’ai fait un bon parcours scolaire, malgré les réflexions blessantes. Je me suis alors forgée une carapace, pour qu’elles ne m’atteignent pas. Grâce à ma sœur, qui malgré ses souffrances, avait beaucoup d’humour. Malgré cela, elle ne m’a pas empêché de trouver l’amour.

Des moments merveilleux, d’un autre temps, d’une autre vie. Un parcours atypique, parfois difficile… Un premier amour à 17 ans, tendre, qui n’a pas eu une fin heureuse. D’autres rencontres, que je raconte comme un roman, car les étapes de ces histoires se sont déroulées dans un autre temps. Je les ai associé à ma biographie, pour éviter le mélodrame de ce récit. mais ils en font parti. Ce fut des aventures heureuses, palpitantes, parfois douloureuses, mais je ne regrette pas. Toutes ces rencontres, m’ont aidés à poursuivre ma route. À me construire une vie, même si elle n’a pas été parfaite. Les aléas étaient souvent présents. Puis, un autre malheur nous a frappé. Ma famille a eu sa part de douleur.

J’ai du faire plusieurs boulots, ne pouvant exercer celui que j’avais choisi. Chaque chemin parcouru, ne sont pas arrivés à destination. Cela ne m’a pas empêcher de poursuivre ma route, même si sa ligne n’était pas toujours droite. La misère a fait son apparition, il me fallait travailler plus, pour ne pas gagner plus, sans le souci de mes proches. Ma santé a vacillé. Pendant cinq ans, j’ai connu des hauts et des bas, sans me plaindre, jusqu’au jour où, mon père a pris le relais, (il nous avait quitté depuis quelques années.) Il m’a alors pris sous son aile, et mes cauchemars se sont dissipés…

Une autre vie s’est alors mise en marche, mais chut…!

Je laisse aux lecteurs le soin d’apprécier cette première lecture. Elle sera suivi d’un autre récit, d’une autre vie, aussi palpitante que le premier.