Anita de Océan d’amour, Océan de la peur

Anita est née en 2006. Son père était horticulteur, il cultivait les légumes pour les revendre sur le marché et sa mère était guide touristique. Elle avait cinq ans lors de la tragédie qui a frappé sa ville. Avant, elle rêvait d’être comme sa maman, guider les touristes dans la région et leur faire découvrir les merveilles qui se cachaient chez eux. Depuis 2011, elle vit en France dans une famille, va à l’école et grandit avec l’espoir de pouvoir faire plus tard le métier de ses rêves. Aujourd’hui du haut de ses onze ans, elle se souvient encore de tout se qui s’est passé.

De la cuisine, où je pressai une orange, je l’observai du coin de l’œil. Elle semblait si fragile. Elle ne bougeait pas, son regard était plongé dans le vague, comme si elle redoutait ce qui allait arriver. Je soupirai. Je versai le jus d’orange fraîchement pressé dans un verre et me dirigeai vers la petite fille. 

• Comment as-tu vécu la catastrophe ?

Ce jour-là, j’étais tranquillement en train de jouer dans ma chambre avec ma poupée. Mon père était parti pour la journée, récolter ses légumes et les vendre sur son emplacement habituel. Ma mère était au rez-de-chaussée, elle préparait le dîner. D’un coup, Il y a eu un grosse secousse et je me suis aussitôt blottie sous mon lit. Tout ce qu’il y avait sur les étagères tombaient. Ma mère qui était en bas m’a crié de rester cachée le temps que ça s’arrête, ça a duré un long moment… Puis soudain, plus rien, alors je me suis relevée et j’ai été voir par la fenêtre. Je voyais l’océan par celle-ci et j’ai observé ce qui se passait dehors. Ma mère m’a demandé si j’allais bien puis j’ai entendu des bruits de casseroles, elle devait ranger ce qui était tombé. Lorsque j’ai vu cette énorme vague arrivée, j’ai crié de toutes mes forces. Les personnes hurlaient au loin, j’ai tout vu de ce qui se passait et j’ai crié à ma maman de monter sur le toit. Je me suis accrochée au rebord de ma fenêtre et j’ai longé pour arriver à la toiture de la maison d’à côté. La vague était déjà arrivée à ma hauteur… j’ai couru de toutes mes forces, mais elle m’a vite rattrapée. J’ai été prise dans le courant et rapidement je me suis accrochée à la branche d’un arbre et des personnes ont risqué leur vie pour venir m’aider à sortir de l’eau. Je suis restée blottie sur moi même pendant plusieurs heures avant d’être amenée aux tentes.

• As-tu vu l’horreur arrivée ?

Non, je ne pensais pas qu’une vague pouvait être si haute et tout emporter sur son passage. J’ai compris que lorsque j’ai vu les arbres et les maisons être engloutis. J’ai eu heureusement le réflexe de regarder par ma fenêtre ce jour-là et de monter sur le toit, si je ne l’avais pas fait, je n’aurais peut-être pas survécu…

• Avant que tu ne le vives en vrai, savais-tu que les tremblements de terre et tsunami existaient ?

Oui les tremblements de terre, on en avait eu, mais pas d’aussi fort. Un tsunami, je ne savais même pas que ça pouvait exister. Tu le savais toi que ça existait ? Je t’explique. En fait, ce sont des plaques sous la mer qui se bousculent entre elles ce qui produit un mouvement de l’eau mais d’une grande puissance et l’eau prend de la vitesse et de la grandeur puis s’écrase sur les terres qui sont sur son chemin.

J’acquiesçai doucement. Et plongeant mon regard dans le sien, je lui posai ma dernière question.

• Qu’as-tu ressenti en voyant Maémie, assise par terre, en pleure ?

J’étais très triste aussi et quand je l’ai vu pleurer, j’avais envie d’être avec elle. Nous étions seules toutes les deux. J’étais déjà allée la voir alors qu’elle dormait profondément, mais elle ne le sait pas, j’espérais juste qu’elle se réveille. Je l’avais vu entrer dans la tente, enfin, plutôt les gens qui l’ont amenée sur le brancard, il lui ont fait quelques piqûres, ils m’ont dit que c’était pour la nourrir. J’étais inquiète, je ne voulais pas la voir mourir. Et puis quand elle s’est réveillée et qu’elle a couru puis qu’elle s’est assise dans l’allée, j’étais heureuse qu’elle soit en vie et puis j’avais toujours rêvé d’avoir une grande sœur et elle était là.

Je souris. Cette petite fille était si mature pour son jeune âge. Je la remerciai et au moment où elle allait partir, je lui proposai un autre verre de jus d’orange. Elle sembla hésiter un instant, puis elle me remercia, s’installant de nouveau sur le canapé du salon.

Disponible partout en numérique uniquement. Bientôt la version papier, agrémentée d’autres nouvelles, de la même auteur. Pour vous procurer Océan d’amour, Océan de la peur, c’est par ici.