Marie-Madeleine d’Aubray de La Marquise aux poisons

Marie-Madeleine d’Aubray, Marquise de Brinvilliers (1630-1676) est restée célèbre pour son rôle dans l’Affaire des poisons. Elle est la fille de Dreux d’Aubray (1600-1666), qui occupe la charge de Lieutenant civil. Mariée à Antoine Gobelin, Marquis de Brinvilliers, elle est la maîtresse de Jean-Baptiste Gaudin de Sainte-Croix. Elle est inculpée pour les meurtres de son père et de ses frères par empoisonnement, et exécutée place de Grève, en juillet 1676. Son histoire marque les prémices de l’Affaire des poisons, qui va ébranler le règne de Louis XIV.

En installant la table et les chaises, je me demande encore qui a eu cette idée stupide… Nous aurions gagner notre temps à lire ce foutu manuel… Je soupire, il est presque minuit et au lieu d’utiliser les quelques heures qui les séparent de leur examen, les voilà en train de se préparer pour une séance de spiritisme. Tout ça pour tenter d’invoquer la Marquise de Brinvilliers. Elle m’en aura fait faire des sacrés celle-ci tiens ! Une fois prêts, nous nous installons autour de la table, joignons nos mains et récitons en cœur : « Marie-Madeleine d’Aubray, Marquise de Brinvilliers, nous te sommons de te montrer ! » Une fois, deux fois, trois fois, toujours rien. Je m’apprête à me lever quand soudain la table se met à trembler, une légère brise se lève et la bougie s’éteint, nous privant de toute autre source de lumière. 

  • On raconte que vous avez été violée et abusée par vos frères. Est-ce vrai ? Comment avez-vous fait pour supporter ça ? Vos parents n’ont rien fait ?

J’ai été violée à l’âge de sept ans, par un domestique. Je me suis ensuite laissée abuser par mes frères. Je n’avais pas la notion de bien ou de mal, seulement une culpabilité qui demeurait en moi. Ma mère est morte lorsque j’étais petite, et mon père était souvent absent, accaparé par sa charge de Lieutenant civil. Il m’a accusée, jeune fille, d’avoir perverti mes frères. Mais en grandissant, ma culpabilité a laissé place à la rancœur. Puis vint la haine, qui me poussa à commettre l’irréparable.

  • On parle beaucoup de votre père, et votre mère ?

Ma mère est morte lorsque j’étais enfant. Je n’ai pas de souvenir précis la concernant. L’attention de mon père s’est reportée sur mes deux frères. Moi, je suis restée reléguée au second plan, au même titre que mes sœurs.

  • Racontez-nous votre première rencontre avec le Marquis, votre mari. Et celle avec le Chevalier de Sainte-Croix.

Mon père a décidé de me marier à Antoine Gobelin, qui est par la suite devenu Marquis de Brinvilliers, issu d’une famille fortunée. Avec Antoine, nous étions jeunes, riches, et je me suis prise à rêver de devenir une grande dame, de tenir salon et de mener une vie distinguée et raffinée. Mais j’ai vite déchanté. J’ai porté nos enfants, tandis que mon époux accumulait les maîtresses et les dettes de jeu. J’étais frustrée de voir cet argent dilapidé, mais aussi en tant que femme. Même s’il s’agissait d’un mariage arrangé, je me sentais effacée, prisonnière d’une vie morne et sans avenir.
C’est mon époux qui m’a présenté le chevalier de Sainte Croix. J’ai tout de suite vu le regard de cet homme sur moi. La même convoitise que ce domestique, la même lueur que j’avais vue dans les yeux de mes frères. J’ai d’abord résisté aux avances de cet homme. Puis, je suis tombée amoureuse. Je me suis sentie désirée, libérée du carcan d’une vie que je trouvais insipide. Je revivais à nouveau. Je pensais trouver l’amour. Mais cette passion était synonyme d’emprise. Elle ne pouvait me mener qu’à ma propre destruction. Je me suis délectée de cet amour insidieux, qui s’est infiltré en moi comme un poison délicieux.

Je tousse alors, et l’étrange forme féminine disparaît. Mes amis me lancent des reproches de toutes parts, m’accusant de l’avoir fait fuir, oui, après tout, j’aurai du continuer de m’étouffer en silence. Il n’empêche que je suis ébahi. Nous avons réussi, nous avons discuté avec le fantôme de la Marquise. Ah, il est minuit passé, c’est pas le tout, mais y a quand même un examen qui nous attend demain… 

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